Photographe

Marion Esnault

1er mai 2018, 50 ans après mai 68

Les organisateurs de la manifestation du 1er mai 2018, principalement des syndicats, parlaient de convergences des luttes. Le mot d’ordre était : « 1er mai, ensemble ». Dans cette période trouble que connaît la France - grève des cheminots, expulsions de la ZAD de Notre-dame-des-landes, blocage des facs par les étudiants - les causes représentées dans cette manifestation étaient multiples et multiculturelles : droit au logement, justice au congo, migrants, politique équatorienne, justice climatique, etc.

Mais cette joie populaire de se rassembler et de converger ensemble dans l’espace public n’a pas pu avoir lieu ce 1er mai 2018 entre la place de la Bastille et la place d’Italie, à Paris. Pourquoi ? Parce que des individus cagoulés, vêtus de noir et affrontant frontalement les forces de police ont donné une autre direction à cette manifestation pacifique.

Evidemment, des nombreuses questions émergent de la tournure qu’a pris la manifestation du 1er mai à Paris : pourquoi les forces de l’ordre sont-elles aussi nombreuses ? Pourquoi lancent-elles des bombes lacrymogènes sur des manifestants venus pacifiquement entre amis ou en famille ? Pourquoi les médias ne relèvent que les heurtes violents, les dégradations du magasin d’une chaîne de restauration rapide bien connue et d’un concessionnaire automobile ? Pourquoi des milliers de citoyens descendus marcher ensemble n’ont pas eu l’opportunité de bouger de leur point de départ sur la place de la Bastille ? Pourquoi le Président de la République, en déplacement en Australie, fait preuve de mépris en déclarant que son « travail n’est pas de regarder la télévision et de faire les commentaires d’actualité » quand un journaliste le questionne sur le 1er mai ? Et finalement, à qui profite cette médiatisation abondante de ces violences ?

Le fait est que pendant que nous nous posons ces questions, nous ne parlons pas des sujets de fond : la réforme de la SNCF, la loi Asile et Immigration, la suppression de l’Exit tax pour lutter contre l’évasion fiscale ou encore les 960 millions d’euros d’économies demandés aux hopitaux publics. Et ce n’est que le début d’une longue liste à la Prévert.

Retour sur un 1er mai 2018. Début ou pas d’une convergence des luttes. Début ou pas d’un mai 68, 50 ans après.